Trop Brève histoire du Mano noël

04 novembre 2017

Trop Brève histoire du Mano noël 

 Certains faits au fil du temps, deviennent une pratique, une coutume, ou mieux, une manière d’être au monde.

 Ces faits s’imposent dans le pays concerné, comme une référence, un marqueur sociétal, bref, ils « font patrimoine » jalousement protégé par la conscience collective , sans que la plupart du temps, on sache ni comment ni pourquoi. Parce que leur genèse est masquée par un halo d’oubli et d’imprécisions qui autorise des approximations parfois, de la sottise souvent.

 Il en est ainsi de Mano-noël qui depuis trois décennies maintenant, s’appréhende comme un poto-mitan de la mémoire vivante du pays Martinique.

 

 Le choc Trinidadien

 

 Décembre 1970 Mano, alors technicien à la Mairie de Fort-de-France se rend à Trinidad pour de paisibles vacances pense-t-il.

 Tout au contraire, Mano se trouve à l’approche de noël(parang pour les Trinidadiens) propulsé dans un tourbillon populaire exprimant tout ; à la fois l’attachement religieux, la chaleur humaine, et la fraternité vivante.

 Le quartier Paramine de Port of spain, est en effet une explosion de convivialité où des hommes et des femmes heureux, font du porte à porte pour partager cantiques et victuailles, en hommage à la naissance chaque année renouvelée de leur dieu. Vraiment un noël du tonnerre !

 Mano quitte Trinidad la tête émerveillée par cette gaité flottante

 Qui en saveurs et odeurs, lui rappelle si fort les noëls de son enfance à la Martinique.

 

 

 Balata ou la magie des gens simples

 

 Les événements de la vie conduisent ensuite Mano à habiter le quartier de Balata sur les hauteurs de Fort-de-France. Et là, le hasard qui comme chacun sait, fait si bien les choses, met Mano en relation avec les piliers du quartier, véritables gardiens de la tradition, les Vanin, Duféal Evaneste et René Duféal etc. Des gens simples et formidablement chaleureux qui pratiquent un noël cent pour cent « antan lontan », avec les sirops, les liqueurs, les pâtés, le boudin, le cochon, les cantiques, le porte à porte… avec en plus ka générosité vraie des gens authentiques.

 A partir de là, Mano se dit qu’il faut sauver ce patrimoine là, l’aider à résister à la modernité sans mémoire, le faire connaitre, lui fournir la puissance de diffusion de la radio pour redonner au Martiniquais le goût et la fierté de retrouver ses racines, la force de ses rêves.

 

 

 La folle aventure

 

 Nous sommes en 1980, Mano est un jeune animateur de radio, fou de musique et d’authenticité qui veut coûte que coûte sauver le noël traditionnel. Il sollicite Michel Annette qui à l’aide de son NAGRA, enregistre le noël de Balata, qui est ensuite balancé sur les ondes.

 Le succès est immédiat et surtout PHENOMENAL. Le standard de RCI explose littéralement. Le pari est en passe d’être gagné.

 Mano conçoit ensuite une série de « chanté noël » dans les studios de RCI. Avec la complicité de Jeannot Guyoule, Paul Julvécourt, René Cimper, Omer Chery et Loulou Boislaville. La logistique est assurée dans des conditions inimaginables, dantesques (tous les instruments de musique, les micros, les branchements, diverses connections montés et démontés en un temps record chaque soir) par le regretté Pierre Placide.

 

 Le Premier véritable Mano-noël

 Peu de temps après, un événement inédit va révolutionner le processus des chantés-noëls. En effet, une association du troisième Age du Gros-Morne sollicite Mano pour un chanté-noël particulier à la Croix de Bellevue. Le maire Anicet Turinay adhère immédiatement au projet de ses administrés. Aussi le jour dit, loin du car des personnes attendu, c’en est une dizaine qui déverse une foule gros-mornaise munie de cantiques, sur les studios de RCI où des bâches ont été prêtées par la mairie de Fort-de-France, le SI EN CAS assurant gracieusement la fourniture de pâtés, boudins et autres boissons de noël.

 Le raz-de-marée humain déborde du studio, puis de la cour pour installer son trop plein sur le boulevard de VERDUN, bloquant toute circulation.

 La police est appelé par des riverains estébékoués, et là, miracle de noël… les policiers venus pour faire évacuer la foule et mettre fin à cette quasi fête populaire, déposant armes et bérets, et se mettent à chanter noël avec tout le monde.

De ce jour le Mano-noël est devenu définitivement hors norme, avec des foules sans équivalent, en dehors du carnaval.

 Chaque commune a ensuite souhaité avoir son Mano-noël : après le Gros-Morne, ce furent le François, Sainte Marie et beaucoup d’autres.

 Entre temps le Mano-noël qui était, pour la partie chantée, essentiellement animée par Loulou Boislaville, s’enrichit de l’arrivée d’Alain Geneviève, lequel apporta, grâce à des ritournelles du Nord Atlantique, une couleur mélodique et une puissance spéciales à un Mano-noël renouvelé et reconfiguré.

 Au total, aujourd’hui le chanté noël est devenu un « moment culturel » revendiqué par tous et pratiqué avec une réelle ferveur, et c’est heureux.

Néanmoins, il convient de dire que s’il est plébiscité de nos jours, c’est parce que Hier, Mano et Mano quasiment seul a l’époque, a entrepris de le sauver, de l’installer en radio puis en télévision, afin qu’il retrouve sa place,toute sa place dans le patrimoine culturel de la Martinique.

Mano Loutoby

 

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